La colère jaune

02/12/2018
Marée de "Gilets jaunes" dans la Loire
Marée de "Gilets jaunes" dans la Loire

     Le 17 novembre dernier, environ 282 000 manifestants se sont mobilisés dans toute la France pour protester contre la hausse des taxes sur le carburant imposé par l'Etat. Retour sur ce mouvement citoyen hors-norme des "gilets jaunes" et sur les raisons de leur colère.

La hausse des prix du carburant

     Tout a débuté en mai lorsque Priscillia Ludosky, aujourd'hui l'une des figures du mouvement des "gilets jaunes", a lancé une pétition en ligne "pour une baisse des prix du carburant à la pompe", sur la plateforme change.org. Cette pétition, point de départ du mouvement social qui touche le pays depuis plusieurs semaines, compte aujourd'hui plus d'un million de signataires. C'est à la fin octobre, lorsque les prix à la pompe ont fortement augmenté que le mouvement est véritablement naît. Cette hausse du prix du carburant est dûe à la hausse des taxes sur le carburant votée par le gouvernement mais elle n'en est pas la principale raison contrairement à ce que l'on pourrait croire. En effet, depuis 2016 le prix du baril de pétrole a presque triplé et cela a donc des conséquences sur les prix du carburant à la pompe. Cette augmentation du prix du pétrole représenterait environ 70% de la hausse des prix du carburant mais la hausse des taxes en représente donc tout de même une part importante (environ 30%).

Des taxes écolos ?

     Ces nouvelles taxes sur le carburant s'inscrivent selon le gouvernement dans un projet de transition écologique et vont être successives jusqu'à la fin du mandat d'Emmanuel Macron, c'est-à-dire en 2022. L'idée est qu'en augmentant le prix du carburant, l'Etat va inciter les gens à réduire leur consommation de carburant et va donc réduire la pollution émise par les voitures. De plus, le gouvernement cherche à aligner les prix des carburants. Le diesel était jusqu'à présent moins cher que l'essence alors qu'il est autant, voir plus polluant que l'essence. Le problème est que les gouvernements précédents ont incité les Français à acheter des voitures diesels sous le prétexte qu'elles étaient moins polluantes et surtout moins coûteuses sur le long terme (le prix à l'achat était plus élevé que pour une voiture essence mais le prix à la pompe était moins élévé). Bon nombre de Français possèdent donc des voitures diesel aujourd'hui et subissent cette augmentation des prix en constatant une baisse de leur pouvoir d'achat. Le mouvement des "gilets jaunes" a alors émergé pour faire face à cette baisse du pouvoir d'achat.

Un mouvement citoyen

     Le gilet jaune, gilet de haute visibilité obligatoire pour tous les automobilistes a ainsi était choisi comme emblème du mouvement de protestation, principalement porté par la "France invisible". Cette France, c'est la France périurbaine (située aux abords des villes) et la France des campagnes. Elle est dite "invisible" car aujourd'hui la plupart des Français habitent en ville. Le gilet jaune a donc pour but de les rendre visible aux yeux des autres. Le mouvement des "gilets jaunes" concerne surtout ces Français car ils sont obligés d'utiliser leur voiture au quotidien pour tous leurs déplacements, du fait de la distance avec les villes et de la (quasi) absence de transports en commun. Ce mouvement inédit s'est formé sur les réseaux sociaux et se dit "apolitique", c'est-à-dire qu'il ne revendique son appartenance à aucun parti politique ou syndicat. Il s'agit donc d'une lutte organisée par les citoyens et seulement pour eux et c'est là le caractère inédit de ce mouvement.

Revendications et modes d'action

     Les "gilets jaunes" ont plusieurs modes d'action similaires, le but premier étant de bloquer la circulation pour alerter les gens, ralentir l'économie et le pays et ainsi faire pression sur le gouvernement. Cela se traduit par des blocages de routes avec des barrages, simples ou filtrants, (les filtrants laissent passer des voitures contrairement aux barrages simples qui ne laissent passer personne) mais aussi des ouvertures de péages sur les autoroutes et des vandalisations de radar. Ils appelent alors les automobilistes à placer leur gilet jaune sur leur tableau de bord en signe de soutien au mouvement. Contrairement aux modes d'action qui sont assez simples, les revendications sont elles beaucoup plus complexes. La première revendication des "gilets jaunes" est la baisse de la taxe sur le carburant ou une aide financière pour compenser cette hausse afin qu'ils puissent vivre convenablement. Ces derniers ne sont pas nécessairement contre l'écologie (pensée qui consiste à prôner la protection de l'environnement) mais ils sont plus préoccupés par leur fin de mois difficile faute d'argent que par la "fin du monde" (la politique écologique ayant pour but de minimiser le réchauffement climatique et ses probables conséquences sur l'Homme). Cependant, ils revendiquent aussi un manque de transparence sur l'utilisation faite par l'Etat de l'argent collecté grâce à la taxe sur le carburant, cette taxe étant censé financer la politique écologique du pays.

Un élargissement du mouvement

     Les "gilets jaunes", mobilisés au départ pour défendre leur pouvoir d'achat face à la hausse des taxes sur le carburant, ont rassemblé des revendications de plus en plus larges au fil du temps et c'est ce qui fait leur force mais aussi leur faiblesse. En effet, le mouvement a peu à peu rassemblé tous types de revendications : baisse du pouvoir d'achat, limitation de la vitesse de circulation à 80km/h, "ras-le-bol" des taxes etc.. Le thème général revenant le plus souvent étant celui du "matraquage fiscal", c'est-à-dire le fait d'avoir l'impression de payer de plus en plus pour l'Etat au détriment de son niveau de vie. A cela s'ajoute l'impression des classes moyennes et populaires de ne faire que payer alors que les plus riches ne sont pas traités de la même façon. Les "gilets jaunes" sont donc peu à peu devenus un mouvement anti-Macron, certains allant même jusqu'à demander sa démission. Cela fait donc la force de ce mouvement car il rassemble des gens de tous les horizons avec tous types de revendications avec un seul point commun : un désaccord avec la politique mené par le président. Néanmoins, cela constitue aussi sa plus grande faiblesse car plus il y a de revendications, plus le mouvement a du mal a être représenté du fait des accords et désaccords entre les "gilets jaunes". C'est pour cette raison qu'ils ont récemment désignés 8 porte-paroles afin qu'ils puissent être représentés et qu'ils puissent notamment dialoguer avec le gouvernement.

Des "gilets jaunes" violents ?

     Les "gilets jaunes" sont présentées comme étant des personnes violentes par certaines personnes ou certains médias mais il faut être vigilant avec certains propos et certaines images. 

Violence à Paris
Violence à Paris

     La contestation a en effet fait des victimes (manifestants comme policiers) mais il ne faut pas oublier qu'un mouvement de cette ampleur connaît toujours des débordements. Le problème est que des casseurs viennent souvent se greffer aux manifestants et certaines manifestations terminent donc sur des images impressionnantes, comme à Paris sur les Champs-Elysées le 24 novembre. Second problème, les réseaux sociaux qui ont permis l'émergence du mouvement sont aussi à l'origine du discrédit de ce dernier. De très nombreuses "fake news", (voir notre article ici) que ce soit des images truquées ou des propos inventés etc... circulent sur les réseaux sociaux et participent à la discréditation du mouvement, c'est-à-dire à son rabaissement dans le but d'y mettre fin. Soyez donc vigilants avec ce que vous voyez et un dernier conseil si vous passez le permis de conduire : n'achetez pas de voiture diesel. 

Quentin. B

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Source des images : Sophie Paitier,  Herve Coste, AFP, Le progrès. 

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